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31 juillet 2026
Face aux mêmes pleurs, au même soir difficile, vous et votre partenaire ne réagissez presque jamais de la même façon. L'un se précipite pour rassurer. L'autre laisse un peu d'espace avant d'intervenir.
Ce n'est ni un manque d'amour, ni une différence de compétence. C'est le reflet de deux styles d'attachement différents, formés bien avant que vous ne deveniez parents vous-mêmes.
La théorie de l'attachement, développée par le psychiatre John Bowlby et validée expérimentalement par la psychologue Mary Ainsworth, explique pourquoi ces différences existent, et pourquoi elles ne sont pas un problème en soi tant qu'on les comprend.
Bowlby a montré que tout enfant développe, dans ses premières années, une stratégie pour gérer son besoin de proximité et de sécurité auprès de son adulte de référence. Ainsworth, à travers son protocole expérimental désormais classique appelé la « situation étrange », a identifié plusieurs styles distincts : sécure, anxieux et évitant.
Ce qui est moins connu : ces styles ne disparaissent pas à l'âge adulte. Les psychologues Cindy Hazan et Phillip Shaver ont montré que le même cadre s'applique aux relations amoureuses adultes, et par extension à la façon dont chaque parent vit la proximité émotionnelle avec son propre enfant.
Le style sécure
À l'aise avec la proximité et avec la distance. Répond aux besoins de l'enfant sans être envahi par l'inquiétude, et sans avoir besoin de s'en distancier émotionnellement.
Le style anxieux
Répond vite, parfois avec un niveau d'inquiétude élevé, cherchant à apaiser sa propre anxiété autant que celle de l'enfant. Peut avoir du mal à laisser l'enfant vivre une frustration normale.
Le style évitant
Plus à l'aise avec l'autonomie qu'avec l'intensité émotionnelle. Peut minimiser sa propre détresse et, parfois sans s'en rendre compte, celle de l'enfant.
Aucun style n'est une faute morale. Ce sont des stratégies qui avaient du sens dans le contexte où elles se sont formées. Ce qui compte, c'est d'en avoir conscience.
Quand un parent anxieux et un parent évitant vivent le même moment difficile avec leur enfant, chacun peut sincèrement penser que l'autre « en fait trop » ou « pas assez ». En réalité, les deux répondent simplement à leur propre besoin de gérer la proximité émotionnelle, formé bien avant de se rencontrer.
C'est directement lié à la dimension connexion et besoins : nommer ces différences, plutôt que de les vivre comme un désaccord sur « la bonne façon de faire », permet à chacun de mieux comprendre pourquoi l'autre réagit ainsi, et ce dont il a lui-même besoin pour se sentir en sécurité dans la relation.
Une confusion fréquente : penser que le style d'attachement est une catégorie figée, comme un trait de personnalité définitif. Ce que montre en réalité la recherche, c'est que ce style est une tendance, plus ou moins stable, qui peut évoluer avec l'expérience, en particulier au sein d'une relation où l'on se sent compris.
On parle parfois d'attachement « acquis sécure » pour désigner une personne qui n'a pas nécessairement vécu une enfance idéale, mais qui a construit, souvent à l'âge adulte, une compréhension cohérente de son propre parcours. Cette compréhension, plus que l'enfance elle-même, est ce qui prédit le mieux la capacité à offrir une relation sécurisante à son propre enfant.
Autrement dit, connaître son style d'attachement n'est pas un diagnostic à subir. C'est un point de départ pour comprendre ses propres réactions, et éventuellement les faire évoluer.
Quelques questions simples aident à se situer : face à un enfant qui pleure sans raison apparente, ai-je tendance à m'inquiéter immédiatement, ou à minimiser en me disant que « ça va passer » ? Face à un enfant qui a besoin d'être rassuré plusieurs fois pour la même chose, est-ce que je m'impatiente, ou est-ce que je reste disponible sans effort particulier ?
Il n'y a pas de bonne réponse universelle à ces questions. L'objectif est simplement de se reconnaître dans une tendance, pour ensuite pouvoir la nommer à son partenaire plutôt que de la découvrir uniquement à travers ses conséquences.
Le style d'attachement ne se limite pas à la relation avec l'enfant. Il colore aussi la façon dont chaque partenaire vit un désaccord de couple. Une personne à tendance plus anxieuse peut avoir besoin de résoudre la tension immédiatement, ressentant le silence comme une menace pour la relation. Une personne à tendance plus évitante peut au contraire avoir besoin de prendre de la distance avant de pouvoir en reparler calmement.
Sans cette clé de lecture, chacun interprète facilement le comportement de l'autre de travers : « il fuit la conversation » d'un côté, « elle m'étouffe » de l'autre. Avec cette clé, le même comportement devient compréhensible : chacun gère l'inconfort relationnel avec la stratégie qu'il a apprise, pas par opposition à l'autre.
La transmission entre générations n'est ni automatique ni exclusive. Un enfant peut développer un style d'attachement sécure même si l'un de ses parents a un style plus anxieux ou évitant, en particulier si l'autre parent, ou une autre figure stable dans sa vie, lui offre une relation constante et prévisible.
C'est une bonne nouvelle à garder en tête : le style d'attachement d'un parent influence, mais ne détermine pas entièrement, celui de l'enfant. La cohérence et la disponibilité comptent souvent plus que la perfection d'un seul parent.
À RETENIR
Votre façon de vous connecter à votre enfant et à votre partenaire est explorée par la dimension connexion et besoins du quiz (Nou). Découvrez comment vos styles s'articulent.
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SOURCES ET RÉFÉRENCES
Bowlby, J. (1969). Attachment and Loss, Vol. 1: Attachment. Basic Books.
Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of Attachment: A Psychological Study of the Strange Situation. Erlbaum.
Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic Love Conceptualized as an Attachment Process. Journal of Personality and Social Psychology.