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31 juillet 2026
« Je ne me reconnais plus. » Ce sentiment, ressenti par une grande partie des nouveaux parents, a longtemps été traité comme un simple ajustement passager. La recherche récente lui donne un nom : la matrescence.
Ce mot, construit sur le modèle d'« adolescence », décrit un processus de transformation identitaire réel, pas une simple période d'adaptation. Le corps change, les priorités changent, la façon de se percevoir change, souvent bien plus profondément qu'on ne l'avait imaginé avant la naissance.
Le terme a été introduit dans les années 1970 par l'anthropologue Dana Raphael pour décrire ce passage identitaire. Plus récemment, la chercheuse Aurélie Athan, de l'Université Columbia, a repris et développé ce cadre du point de vue de la psychologie, en le positionnant comme une véritable transition développementale au même titre que la puberté, avec ses propres étapes et ses propres remous.
Ce cadre a l'avantage de normaliser ce que beaucoup de nouveaux parents vivent en silence : le sentiment de perte, de confusion, ou de deuil d'une version antérieure de soi, aux côtés de la joie et de l'attachement au bébé.
L'identité personnelle
Les priorités, les envies, parfois les valeurs se réorganisent. Ce qui semblait important avant peut sembler secondaire, et inversement.
Le corps et le rapport à soi
Le corps change, parfois durablement, et le rapport qu'on entretient avec lui doit se réajuster, sans que la société laisse toujours beaucoup d'espace pour ce processus.
La relation de couple
Le partenaire qui n'a pas porté l'enfant peut avoir du mal à comprendre l'ampleur de ce bouleversement, simplement parce qu'il ne le vit pas de l'intérieur.
Il est important de distinguer la matrescence, un processus attendu, d'une dépression post-partum, qui touche selon l'Organisation mondiale de la santé une part significative des nouvelles mères et nécessite un accompagnement professionnel. En cas de doute, en parler à un professionnel de santé reste toujours la meilleure option.
Le partenaire qui observe ce bouleversement de l'extérieur peut, sans le vouloir, attendre un retour « à la normale » qui n'arrivera pas exactement de cette façon. Reconnaître que la transformation est réelle, et non temporaire, change la façon dont on l'accompagne.
C'est directement lié à la dimension connexion et besoins : se donner mutuellement le temps de se redécouvrir dans ces nouvelles versions de vous-mêmes, plutôt que de comparer à qui vous étiez avant, ouvre la voie à une connexion plus juste.
Le partenaire qui n'a pas porté l'enfant traverse lui aussi une transition identitaire réelle, parfois appelée « patrescence » dans la littérature récente sur la transition à la parentalité. Ce bouleversement est souvent moins visible, moins nommé, et moins soutenu socialement, ce qui ne signifie pas qu'il est moins réel.
Des chercheurs qui étudient la neurobiologie de la parentalité ont montré que des changements hormonaux et cérébraux mesurables surviennent aussi chez les pères et les partenaires non gestationnels après une naissance, en particulier en lien avec le niveau d'implication directe auprès de l'enfant.
Reconnaître que les deux parents traversent chacun leur propre transition, même si elles ne se ressemblent pas, évite qu'un des deux se sente invisible dans ce qu'il vit.
Une pression fréquente consiste à vouloir « retrouver qui on était » dans un délai précis, souvent calqué sur le retour au travail ou sur une date arbitraire. La matrescence, comme l'adolescence, n'a pas de calendrier fixe. Certains aspects de cette transformation continuent d'évoluer pendant plusieurs années.
Accepter cette temporalité plus longue, plutôt que de la vivre comme un retard sur un objectif fixé à l'avance, allège une pression que beaucoup de nouveaux parents s'imposent sans que personne ne la leur demande vraiment.
Beaucoup de nouveaux parents ressentent une forme de culpabilité à regretter, même brièvement, leur vie d'avant, comme si ce sentiment remettait en question leur amour pour leur enfant. Ce n'est pas contradictoire. On peut aimer profondément son enfant et, en même temps, faire le deuil sincère d'une liberté, d'un rythme, ou d'une version de soi qui n'existe plus de la même façon.
La littérature sur la matrescence normalise explicitement cette coexistence. Refuser de reconnaître ce deuil, par crainte de paraître ingrat envers la parentalité, ne le fait pas disparaître : il s'exprime simplement ailleurs, souvent sous forme d'irritabilité ou de fatigue difficile à expliquer.
La transformation identitaire liée à la matrescence s'accompagne souvent d'un remaniement du cercle social. Certaines amitiés, construites autour d'un mode de vie qui n'est plus le même, s'espacent naturellement. D'autres, avec des personnes qui traversent une transition similaire, prennent une place nouvelle.
Ce remaniement, bien que parfois douloureux, fait partie du processus plutôt que d'être un signe que quelque chose se passe mal. Se donner la permission de reconstruire un cercle social adapté à cette nouvelle étape, plutôt que de s'accrocher uniquement à ce qui existait avant, facilite la transition.
À RETENIR
Traverser cette transition ensemble commence par comprendre les besoins de chacun. Le quiz (Nou) explore votre dimension connexion et besoins pour lancer cette conversation.
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SOURCES ET RÉFÉRENCES
Raphael, D. (1973). The Tender Gift: Breastfeeding. Schocken Books.
Athan, A. M. (Columbia University). Recherches sur la matrescence comme cadre de développement psychologique parental.
World Health Organization. Maternal Mental Health. Fiche d'information sur la santé mentale périnatale.